Je vais vous relater la douloureuse affaire
De la séparation Holland’-Tierweiler.
Il lui fut infidèle, il tenta de le taire,
Et fut finalement trahi par son scooter.
La rimite
Mercredi 8 janvier 2014. Il y a presqu’un an, quand la rumeur d’une liaison m’était parvenue, je l’avais interrogé.
Le traître avait juré de sa fidélité
Et que tous ces « on-dit » n’étaient qu’absurdités.
Aujourd’hui qu’aura-t-il encore à m’opposer ?
Des alexandrins ! Je m’en étonne, sans plus…
J’ai appris, et lui aussi, l’imminence d’un papier dans Closer, avec sa photo en bas de chez Julie Gayet. Je le confronte. Cet homme rond n’aime pas les situations trop carrées. Il sort les rames, se met à pagayer… pagayer… pas Gayet… pas… Gayet !
Je m’obstine, il avoue, la faute est avérée
Il en nie cependant d’abord l’ancienneté
Concède un mois, puis trois, puis six, puis une année !
Et conclut : « Pourras-tu un jour me pardonner ? »
Le choc ! Ce jour et le lendemain, je le vois peu, il s’échappe pour des réunions de gestion de la crise à venir ; l’échéance se rapproche inéluctablement.
Vendredi arrive, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Dès 5 heures, c’est une déferlante qui sature les matinales.
C’est bien plus que je suis capable d’en entendre
Je fonce vers l’armoire à pharmacie pour prendre
Un shot de Temesta. Mais il m’a devancé,
Lutte… la boîte éclate et tombent les cachets.
Je me jette et j’avale tout ce que je peux attraper des pilules qui se sont égaillées… égaillées… et… Gayet… Gayet… Gaaayeeet…
À mon réveil, on m’évacue, comateuse, à l’hôpital. François, interdit d’accès, m’adresse des SMS. Je le revois le 5ème jour.
Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue
Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue…[i]
Du Racine, maintenant ! Mais, pourquoi, à la fin, ces crises de dodécasyllabes ?
S’agit-il d’un transfert ? à quoi tout cela rime ?
Ne suis-je pas en train de tutoyer l’abîme ?
On sait la comédienne au lit avec l’infâme,
C’est elle qui roucoule, et c’est moi qui déclame ?
Le psychiatre qui m’a prise en charge évoque une alexandrinose ou rimite, un trouble psychique lié à la dépression, qui se manifeste par une versification compulsive. À confirmer…
Huit jours sont écoulés, je quitte enfin l’hosto
Je pars à la Lanterne en cure de repos.
J’y suis bien, à l’abri des chasseurs de photos
J’y reçois des nuées de lettres, de textos…
Des inconnus émus, quelques amis fidèles,
Les politiques ont fui… et François me harcèle.
Il passe à la Lanterne, il s’est fait annoncer.
En face l’un de l’autr’, chacun son canapé.
Il vient de décider : nous allons nous quitter !
Il a fauté, et moi, je dois obtempérer !
Accessoirement, je n’ai plus de travail, je le lui ai sacrifié. Pour lui, j’aurai sûrement des propositions, et son seul souci est de préparer un texte commun de rupture.
25 janvier 2014.
Retour à l’Élysée pour le communiqué.
J’emprunte, c’est le mot, la porte dérobée.
Simulacre d’accord, le texte déjà prêt
En fait le seul acteur ! J’appartiens au passé…
***
Et pourtant !
Quatorze avril, neuf ans depuis notre baiser,
La rupture est actée, mais François m’a tweeté !
Son messager perso vient livrer un bouquet
De roses comme j’aime, il n’a pas oublié !
Enfin, à quoi joue-t-il ? Quelle duplicité !
Veut-il me rendre folle ? Où est sa dignité ?
Ou bien est-il sincère ? Se peut-il qu’il revienne,
Qu’il délaisse Julie comme avant, Ségolène ?
Je suis perdue. Depuis 3 mois, il jure s’être trompé, ne plus voir Julie, m’inonde de SMS, de fleurs. J’ai failli céder. Mais la rupture a été si brutale, ses déclarations publiques sont si dures et si froides !
Heureusement, il y a mon psy. Nous avons avancé. Il a même élucidé les résurgences raciniennes qui m’assaillent.
— Racine est l’exemple même d’une rimite chronique, sans doute due à sa mise en orphelinat très jeune.
— Ah bon ?
— Et donc, dans le maelstrom affectif que vous traversez,
Les vers du tragédien vous reviennent en tête
Puisqu’aux alexandrins votre psyché s’entête !
— Quoi, vous aussi, docteur ! Serait-ce contagieux ?
—Haha ! Non, excusez-moi ! J’ai moi-même un petit talent littéraire, je me suis laissé emporter !
— Mais, vous pouvez m’aider ? Et vais-je m’en sortir ?
— Oui, bien sûr, mais sachez qu’il vous faudra du temps. Tout d’abord, ne luttez pas avec vos bouffées d’alexandrins. Mieux, couchez-les sur le divan – pardon – couchez-les par écrit. Ils perdront ainsi de leur charge émotionnelle. Et si vous pouvez, transformez ces irruptions métriques en octosyllabes.
Leur rythme est en soi guilleret
Au tragique il va s’opposer :
Peu à peu, la réalité
De rose va se colorer !
Mais le mieux, que je vous propose
C’est d’aller direct à la prose,
Et de faire de votre affaire
La matière d’un best-seller !
Ainsi, vous parviendrez, madame,
À retrouver la paix de l’âme
Et les ressources financières
Pour me régler mes honoraires !
J’ai suivi son conseil. Mon livre est sorti le 4 septembre. Il avait refusé les remerciements que je voulais y insérer, pour m’avoir mis sur la triple voie de la guérison, du succès et de la vengeance…
Lui qui me fut si cher, et qui m’a pu trahir !
Ah ! Je l’ai trop aimé pour ne le point haïr.[ii]
[i] Racine, Phèdre, Acte I, scène 3
[ii] Racine, Andromaque, Acte II, scène 1

